Pas de banc, Pas de paix !
Pourquoi ce rassemblement ?
Aujourd’hui les services municipaux sont venus enlever les bancs place Arnaud Bernard. Ils en ont enlevé trois. C’est la Mairie de Toulouse qui enlève les bancs, avec l’appui et surtout à la demande de commerçants - certains commerces, pas tous - qui disent qu’en enlevant les bancs on va résoudre les problèmes d’insécurité et de deal sur la place. Comme si enlever des bancs...
Ça ne va résoudre et le résultat c’est que les gens ne vont plus pouvoir s’asseoir sur les bancs. Le problème c’est que ça a pas été fait du tout en concertation avec les habitants du quartier, avec tous les habitants du quartier. C’est pour ça qu’on se réunit aujourd’hui. Nous, les habitants lambda, on aimerait bien qu’on nous demande notre avis.
On est aussi usagers de l’espace public, de cette place et des bancs, donc on essaie de demander à ce que notre point de vue soit pris en compte parce que la démocratie aussi… C’est un quartier où on parle beaucoup de démocratie ici, mais je crois que la démocratie ici elle est surtout comme ça arrange certains. Ils oublient vraiment qu’il y a des gens qui ne pensent pas pareil. C’est comme ça, c’est la vie, mais il faut prendre l’avis de tous les gens en compte. Et on trouve que enlever les bancs comme ça aussi arbitrairement, c’est un réel problème pour les habitants du quartier.
Comment vous avez reçu l’information ?
L’information est tombée lundi matin dans un journal qui s’appelle « 20 minutes », un gratuit. Quand on a appris ça, les habitants – on se connaît, tout ça - on a pris l’initiative d’organiser un rassemblement. Il n’y a aucun collectif derrière ça, c’est vraiment un truc d’habitants. On a décidé d’organiser cette petite manifestation ce soir, mercredi soir, et le calendrier a voulu qu’ils aient commencé à démonter les bancs ce matin. Du coup ça tombe le même jour.

Nous, ce qu’on demande, c’est plus de concertation avec tous les habitants, pas seulement quelques gars qui font leur sauce et qui essaient de passer en force et qu’on écoute en plus, à la Mairie ?!
C’est pas un hasard si ça se passe ici ; on a en tête les interventions successives depuis cet été.
Ils ont déjà enlevé le marché. Les deux derniers week-ends, ils ont enlevé le marché aux puces de la rue Gatien Arnoult. On appelait ça des puces. On a eu 80 policiers, les douanes et tout ça qui ont quadrillé le quartier les deux derniers dimanches. Ça va encore continuer d’après les infos qu’on a.
Moi, habiter dans un quartier où on résout les problèmes uniquement par la force, ça ne m’intéresse pas. Et puis ça ne va pas faire avancer les choses. Je pense que faire avancer les choses dans un quartier c’est discuter et prendre les problèmes, ce que chacun considère comme des problèmes, et en discuter. Ne pas avoir systématiquement recours aux forces de police. De masse en plus parce que là, quand la police débarque, il n’y a pas de distinction, c’est tout le monde « rentre chez toi » et compagnie. Sauf que chez moi c’est ici donc l’espace public, la place, les libertés, la politique actuelle, tout ça….
Est-ce qu’il y avait un problème nouveau, une dégradation de la situation, pour que les pouvoirs publics soient saisis et répondent ?
Je vais pas dire qu’il y a pas de deal sur la place, ce serait faux, cigarettes, produits, je sais pas quoi... Mais un truc qui est sûr, c’est que c’est pas Chicago non plus. J’ai habité dans plein de quartiers à Toulouse où il y avait du deal aussi… Disons que là on se focalise beaucoup sur le quartier d’Arnaud Bernard !
Et puis, les gens qui dealent des cigarettes, le problème est bien plus profond. Ce sont souvent des gens qui arrivent en France parce qu’on a dû leur faire croire que la vie serait plus facile ici sauf qu’il y a des réalités et ces gens-là

galèrent, ils vendent des cigarettes bien souvent pour s’en sortir parce que ici ils crèvent vraiment la dalle. Je ne pense pas que tous les vendeurs de cigarettes qui vendent des cigarettes ont envie de faire ce qu’ils font. Donc je pense que le problème est bien plus en amont que juste la vision de « il y a les méchants voyous dealers et les gentils habitants, les gentils commerçants »... Je pense que le problème est bien plus compliqué que ça. D’ailleurs j’ai pas de solution tellement c’est compliqué. Mais je pense que la réponse c’est pas la police. Ça va faire qu’attiser les tensions entre habitants, aussi. Parce qu’il n’y a pas moyen de discuter. C’est très compliqué.
C’est peut-être aussi parce que c’est Arnaud Bernard qu’en si peu de jours il a été possible d’organiser une mobilisation ?
Ça fait un moment que ça couve. Il y a l’ACAB [1] qui a écrit plus de 160 courriers à la Mairie de Toulouse en un an. C’est énorme ! Donc je pense que la Mairie aussi est bien contente. Ça dépasse le clivage gauche-droite. Je pense que la Mairie, ça fait un moment qu’ils veulent cleaner le quartier parce que, tout simplement, Arnaud Bernard, c’est sur l’axe Compans Caffarelli-Palais des Congrès Pierre Baudis – Capitole et ils aimeraient bien que les congressistes, les touristes puissent « traverser la place » comme ils disent.
Moi je vois pas trop de problèmes, j’ai jamais eu de problème ici, pas plus qu’ailleurs en ville. Je pense qu’il y a une volonté politique de "cleaner" les centre-villes, mais c’est pas inhérent à Toulouse. On ne veut plus de places où les gens se rencontrent, s’asseoient, échangent et discutent ; ils veulent des endroits où ça circule, où les gens stagnent pas. Des espaces marchands aussi : tu viens, tu fais tes courses, tu t’en vas, tu rentres chez toi. Sauf que la place, c’est fait pour se rencontrer.
C’est pour ça qu’on a proposé cette rencontre, d’ailleurs. Et puis il faut que les habitants qui auraient peur à Arnaud Bernard descendent dans la rue, viennent discuter… Le dialogue, quoi ! Qu’ils s’aperçoivent par eux-mêmes qu’ils vont pas se faire égorger. C’est aux habitants de se réapproprier la place. Quand il y a du monde sur une place, de par eux-mêmes les gens qui vendent de la drogue, ils ne se sentent plus de le faire, donc c’est bien plus efficace pour vraiment régler ce genre de problème que des descentes policières qui tapent dans le tas et qui ramassent des sans-papiers au passage aussi.
Propos recueillis le mercredi 21 octobre 2009, place Arnaud Bernard, à l’occasion du rassemblement « pas de bancs pas de paix »
[1] Association des Commerçants d’Arnaud Bernard